Les Désastreuses Aventures d'une Petite Ruby

Un de mes plus vieux souvenirs d'enfance est celui de frapper le sol "hard". Tout de suite après m'être fait pousser en bas de ma chaise d'école et l'avoir jamais vu venir. C'était la rentrée scolaire en 2e année du primaire et ma première journée à l'école alternative en musique. Une école pour les enfants doués toé et j'avais été sélectionnée parmi les trente élèves retenus sur je sais pas combien de centaines d’applications. So laissez-moi vous dire que j'étais drôlement excitée d'enfin aller à une école que j'anticipais stimulante et pleine de créativité. Mais là, devant moi sans crier gare, se trouvait le petit criss qui allait devenir mon bourreau (principal) pour les 5 années à venir.

Avec la rétrospective j'aurais pu me relever et lui en maudire une. Ça aurait été la fin de la discussion dret là. J'aurais établi que non, ça marche pas de même et que même si t'a décidé que c'était "ta" place ben j'étais là avant. Mais voyez-vous, en cet unique moment je me suis parfaitement moulée dans le rôle de la victime comme dans une seconde peau. Premièrement j'étais bien trop surprise, deuxièmement le prof était pas là donc sans personne pour me défendre donc j’ai juste rien dit. Rien. Je me suis levée et je suis allé m'assoir ailleurs. Erreur.

Backtrack une coupe d’année. Tout d'abord j’ai été élevée dans une famille un peu particulière (in many ways). Pour quelque raison ésotérique, ma mère a toujours eu le feeling d’avoir donné naissance à un enfant “spécial” et j’ai été élevée comme tel. Selon ses dires, j’avais un intérêt intellectuel marqué dès un très jeune âge et j’avais une grande facilité pour la lecture et le calcul. Je dévorais cahier d’exercice après cahier d’exercices et à 3 ans ma mère ne savait plus quoi faire avec moi. Dans le but d’obtenir une dérogation et de m'envoyer l’école plus tôt, j'ai passé différents tests cognitifs et psychomoteurs. Selon les résultats, j’avais le mental d’un enfant deux fois mon âge. Jumelé aux recommandations de mon milieu de garde, j’ai commencé l’école à 4 ans.

Malgré que je fusse (merci correcteur pour ce joli temps de verbe) toujours la plus jeune de ma classe, j’étais toujours en avance sur les autres. Mes notes étaient exceptionnelles mais mon comportement dérangeait les enfants et les professeurs. Moi qui étais tellement excitée de commencer l’école et finalement APPRENDRE, me suis finalement heurtée à la réalité d’un système taillé pour la moyenne. Le manque de stimulation me rendait turbulente.

C’est pourquoi mes parents ont finalement choisi de m’envoyer à l’école pour les enfants “doués”. 60% académique, 40% artistique. Renouveau d’excitation, nouvelles déceptions. En plus du curriculum enrichi (ou j’ai appris le violon, la danse, le solfège et le théâtre), j’étais toujours inscrite à des activités culturelles supprémentaires les soirs et les fins de semaines (ballet classique, échecs, poterie, origami…) mais je finissais toujours dans le même pattern. Après avoir exploré un sujet intensément pour une courte période, l’activité perdait son intérêt et je me remettais en quête de la prochaine nouveauté pour m’allumer. J’ai toute ma vie navigué d’un intérêt à l’autre sans jamais trouver une passion à approfondir (la seule activité dans laquelle je me suis pleinement investie à long terme a été le tatouage).

 

A l’école alternative, je performe toujours en tête de classe même si je suis la plus jeune de mes pairs. Mais mes intérêt marginaux (et spirituels), mes processus mentaux et ma créativité font de moi un enfant “différent”. À ce point-ci, je suis vraiment en marge de la marge. On dit souvent que les “bully” choisissent leur victime parmi ceux qui ont le moins confiance en eux ou qui se sentent mal dans leur peau. Mais dans mon cas, j’ai pu observer en direct la peur instinctive que les gens ressentent quand ils ont à faire a quelqu’un « d’étrange ». Cela se traduit par un sentiment spontané de danger, voire de répulsion. Je me suis fait souvent appelée “bizarre”, mais ce que j’ai le plus souvent entendu, over and over, c’est que j’étais conne. Vraiment conne. Comme si quelque chose en moi était tellement menaçant pour les autres qu’ils ont dû se faire un point d’honneur de me rabaisser et m’écraser le plus possible, dans une zone confortable (pour eux, inconfortable pour moi) ou je n’osais plus exprimer les concepts et les idées qui apparemment troublaient les autres enfants. Anyway j’aimais mieux me tenir avec les adultes, eux au moins avaient (des fois) des choses intéressantes à dire.

De nos jours le bullying est un buzzword qu’on entend partout à toutes les sauces. Y a plein de belles campagnes de sensibilisions la dessus pis les grands ont réalisés que ça magane les enfants cette affaire là. Imaginez-vous donc qui en a qui vont même jusqu’à ce se suicider à cause de ça et là on mobilise de grands efforts pour empêcher les jeunes de se faire malmener. Dans mon temps ça marchait pas de même. “Intimidation” était même pas un mot qui faisait partie du vocabulaire de l’humain moyen et la victime était simplement le rejet de la classe. C’est l’enfant mésadapté qui aurait du faire un effort pour se faire des amis. Tant que ça n’allais pas aux coups (trop voyants), je pense que les adultes étaient tellement mal à l’aise qu’ils préféraient regarder ailleurs. J’aime penser que dans leur temps eux, les enfants étaient pas aussi méchants et qu’ils ne savaient tout simplement pas comment réagir. Ma mère me disait toujours “ignore les”. Oh sage conseil pas si facile à suivre quand t’es TOUJOURS avec les mêmes 30 personnes. A toutes les périodes. Pour 5 ans. Les ressources, le support ou même simplement de la conscience du phénomène était tout simplement inexistants.

J’avais une seule amie, Émilie, qui elle aussi ne l’a pas eu facile. Sans elle, je ne sais pas comment j’aurais survécu. C’est aujourd’hui une des personne les plus belles et talentueuse que je connaisse. Une entrepreneuse, over achieveuse, qui rock comme 1000 et qui a su conquérir ses démons pour devenir cette fille tellement cool qu’on est bien trop fier de connaître et de dire “ah ouais c’est mon amie d’enfance voyez-vous.” Allez voir ses pages. C’est une pure merveille.

Émilie - Violon
Émilie - Modèle

 

 Un de mes souvenirs les plus vifs de l’école primaire se déroule en 6e année, quelques mois avant la fin de l’année. On devait former des équipes pour un X travail dont j’ai aucun souvenir, des équipes de 5 mais comme on était 31 dans la classe, je me suis ramassée la dernière personne sans équipe, isolée au milieu d’une classe d’élève placés en cercle autour de moi. J’allais d'une équipe à l’autre sous le regard du prof assez passif (et probablement assez ébahi) pour demander de me joindre à eux mais un après l’autre de me refuser et de me renvoyer vers le milieu du cercle, physiquement cernée par 30 personnes qui ne voulaient pas de moi. Je me rappelle le sentiment d’être prise comme un animal sauvage dans un étau horrifiant et le sentiment de panique monter en moi. J’ai craqué. Je me suis mise à pleurer convulsivement et à crier de peine mais aussi de rage “vous voyez pas ce que vous m’avez fait endurer pendant 5 ans!?!”.

L’été d’avant, mes parents s’étaient divorcés. Ca été assez sec comme rupture car ma mère, dans son soucis de me protéger, a tenté de cacher leur difficultés le plus possible. Ca fait que quand elle m’a annoncé la nouvelle (j‘avais alors 9 ans), J’ai été pas mal surprise, surtout qu’on est déménagé genre la semaine d’après et qu’elle avait déjà un nouveau chum. On sait que le divorce est plus que courant de nos jours et je pense qu’on minimise vraiment l’impact que ça peut avoir pour les enfants mais je sais que pour moi ça été une catastrophe. J’ai vraiment eu le sentiment que mon monde s’écroulait et s’en est suivi une panoplie de « daddy issues » qui me poursuivent encore aujourd’hui. Comme ma mère a dû travailler très fort les années suivantes pour “se refaire”, j’ai beaucoup été laissé à moi-même. Mon enfance est arrivée à un arrêt brutal et j’ai été catapulté dans l’âge adulte dans le temps de le dire. Dans ma perception, je venais d’entrer une ère de survie ou il fallait que je m’occupe de moi-même (whatever ce que cela voulait dire).

Enfin le secondaire. L’école est plus grande et on y voit de nouveaux visages. Pour moi, c’était enfin l’occasion d’être un peu cool donc j’ai mis de grand effort dans mon style vestimentaires et dans mes gouts et activités apparentes. Je m’y suis fait quelques amis et j’ai commencé à faire des trucs cools d’ados rebelles. Je buvais du café et fumais des cigarettes entre les cours, vendues aux mineurs au dépanneur du coin de la polyvalente à 4,10$ le paquet. J’ai fumé mon premier joint et j’ai commencé à trainer dehors tard le soir et à avoir de mauvaises fréquentations. J’avais 12 ans.

 

Je suis pas certaine à quel point ma mère a vu la dérape mais je pense qu’elle a senti que sa petite fille modèle en mangeait une claque donc elle a décidé de m’envoyer pensionnaire l’année suivante, loin de la maison, loin de la polyvalente. Enfermée dans un dortoir de 30 filles méchantes pleines d’hormones, sans aucun visage familier. Bref un cauchemar pour la mésadaptée sociale que j’étais, effort d’être cool ou non. Va sans dire que les mauvaises habitudes ont perdurées et en l’espace de 2 mois je me suis ramassée dans l’exacte même situation pénible qu’avant : J’avais une seule “amie” dont je partageais la chambre et dont j’étais en fait le souffre-douleur. Multiple situations sociales awkward dans cette brève période ont été le summum de l’agonie de ma vie adolescente. J’essaye de trouver une anecdote significative à partager mais mon subconscient se débat férocement pour ne pas y retourner. Je sais que ces quelques mois ont été un traumatisme majeur ou j’ai finalement mis ma personnalité sous clé pour survivre l’adolescence.

Après 4 mois de ce régime, j’ai finalement supplié ma mère de me ramener à la maison. J’étais prête à tout pour qu’elle me reprenne. Je suis finalement allé au collège privé près de la maison, et ce fut la fin du plus gros de mon calvaire. J’y ai rencontré les amies qui me sont encore chères aujourd’hui, 5 doigts de la main tellement différentes les unes des autres, chacune son vécu et ses couleurs. Je ne peux pas dire que ces dernières années de secondaire furent complètement sans événements mais j’ai su m’adapter et rester low profile. Je n’ai jamais été une fille cool ou populaire mais dans la classe des “nerds” j’étais certainement incognito. Dès le secondaire 3 ma consommation de cannabis est devenue régulière. On dira ce qu’on voudra mais les habitudes rapprochent donc j’étais plutôt à ma place parmi les “poteux” de l’école, même si on avait que ça en commun. Une bonne chance pour moi, j’étais toujours douée académiquement donc j’ai complété mes études enrichies haut la main (math et science fortes). Ma mère qui m’a tant “groomé” pour les sciences a du mourir un peu en dedans quand j’ai choisi les arts au CÉGEP. Mais ça, c’est une histoire pour une autre fois.

J’ai 32 ans et je rêve encore régulièrement de l’école. C’est toujours le même genre de rêve récurent ou je dois retourner la bas pour terminer un cours car il me manque un crédit pour graduer. Je suis habituellement en retard, sous le stress. L’école est un labyrinthe et j’ai le sentiment que j’arriverai jamais à bout. Mon cadenas de casier refuse de s’ouvrir, je ne trouve pas la classe de mon cours… Mais jamais je ne rêve a ces autres enfants qui m’ont fait du mal.

J’ai beaucoup consommé de 14 à 18 ans. Par le secondaire 4 je fumais presque matin, midi et soir. Dans ces premières années j’ai un peu exploré différents psychédéliques comme le LSD (buvard) et les “magic mushrooms”. Probablement quelques histoires weird ici et là mais le plus souvent dans la safe zone de la compagnie de mes amies proches. Je ne me rappelle pas avoir été vraiment en danger même si j’ai à plusieurs reprise fait de très mauvais choix, comme mentir à ma mère sur les endroits où je passais la nuit. Thank god je suis toujours resté loin des drogues comme la cocaïne ou la mescaline (très facilement accessible et populaire en ces temps et lieux). J’ai eu une ou 2 altercations avec la police pour avoir été au mauvais endroit au mauvais moment, mais heureusement jamais rien de sérieux. Malgré tout, j’ai commencé à faire le party “hardcore” vers 16 ans et j’ai accroché solide sur les raves. Je n’ai pas beaucoup de souvenirs de ce temps-là car les nuits intenses se succédaient environs 1 fois par mois, à grand renfort de speed et pilules de toutes sorte. J’ai fréquenté des gens pas super recommandable et me suis laissé taponné plus d’un dude assez creepy. Juste y penser aujourd’hui et j’ai les dents crispée et le cœur qui débat, le ventre en boule et les mains moites (ok c’est peut-être le triple espresso que je viens juste de m’envoyer).

Mais j’ai un souvenir clair, au “peak” de cette époque de débauche (vers 17 ans disons). J’étais assise sur le sol, bien high sur la E et le GHB, le lendemain matin d’un party mémorable et ce dude dont j’ai complètement oublié le nom a lâché cette perle de sagesse qui m’est toujours resté: “Tsé dans le fond, on est ici parce qu’on était toute rejets quand on était jeunes.” En voulant dire qu’ on était juste tellement écœuré de manger de la marde qu’on a voulu devenir membre de cette caste à part de « raveux », bandes de marginaux colorés à la consommation douteuse. Et maintenant, je pense que je peux dire la même chose de bien des misfits tatoués, dont plusieurs artistes tatoueurs. Dans le fond, les “rejets” sont les enfants hypersensibles qui, lorsque encouragés et encadrés proprement devient les artistes et les visionnaires de ce monde. La drogues et les tatouages, consommés à l’excès, sont souvent des symptômes autodestructif qui servent à canaliser (ou rendre numb) la douleur de trop sentir, de trop voir le monde vivement. Dans la douleur des aiguilles je crée finalement de belles choses.

J’ai complètement arrêté les pilules après le Collège et complètement arrêté le “pot” quelques années après. Je ne bois virtuellement jamais non plus car je n’aime tout simplement plus ne pas avoir la tête claire. Quelques expériences psychédéliques dans les récentes années m’ont ouvert des horizons de conscience altérée qui ont grandement ébranlé ma perception de la réalité et beaucoup m’en pris pour garder ma sanité (on y reviendra).

J’ai reparlé à ma mère de mes défis émotionnels plusieurs années après, quand j’ai été en thérapie pour un burnout en 2008 (une autre histoire la la la). J’ai voulu savoir pourquoi elle m'avait laissé dans ce milieu quand j’étais enfant. Elle m’a répondu que ça aurait été pareil partout où j’aurais été. Et ça m’a frappé comme un train. BAM. Le rôle de la victime, je l’ai CHOISI. J’ai toujours voulu voir les autre (les enfants, ma mère) comme étant responsable mais dans le fond c’était moi la responsable qui a accepté le script toutes ces années. J’ai accepté que les choses étaient “de même” et j’ai jamais mis en question que les autres étaient en droit de me faire sentir comme de la marde d’être différente et je leur ai remis mon pouvoir entre les mains. Parce que c’est plus facile d’être sans pouvoir, de laisser les autres faire les choix pour nous.

J’ai toujours (avec grand peine) cherché l’amour à l’extérieur de moi. L’acceptation de mes différence a été (et est toujours) mon plus grand défi, mais jamais ne m’était venu à l’idée que l’acceptation de moi-même était la première étape à franchir. La confusion est à son comble quand tous les marqueurs de succès ou de validation pour une femme moderne ne s’appliquent tout simplement pas à soi. La réalisation d’être qui je suis et donc de marcher complètement à côté du chemin battu, sans balise et sans guide et d’accepter de crisser à la poubelle les conventions sociales était la première étape. La 2e est d’apprendre à avoir du fun en criss toute seule dans mon chemin de bouette pas propre.

*soupir*

On travaille la dessus!

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