Comment et pourquoi j'utilise le AI dans mon travail de conception

En réponse aux questions d’y m’ont été posées récemment, oui, j'utilise depuis le AI pour aider à la conception de mes designs. Tout comme pour mes montages réalistes des dernières années, je procède en rassemblant plusieurs éléments/images (2 à 10 selon le projet) que j’agence en collage selon ma vision, et j'y ajoute ensuite des détails manuellement. Chaque design est donc unique et libre de droit. Ce processus de collection/agencement me demande de quelques heures à quelques jours de travail, selon la complexité du design.

 

Je fais partie des personnes avec l'opinion hautement impopulaire que l'intelligence artificielle est un outil fantastique pour les artistes (artisans, illustrateurs, designers et autres créatifs). Comme toute nouvelle invention technologique, celle-ci suscite la peur et soulève des dilemmes moraux, c'est normal. Et comme tout outil, celui-ci peut être utilisé proprement, ou de façon abusive et immorale. 

 

L'art généré par AI n'est pas de l'art 

 

« L’histoire de l’art montre que lorsqu’une nouvelle forme d’art émerge, certains la critiquent. Les réactions des artistes face à la nouvelle technologie sont émotionnelles, parfois violentes, et c'est totalement compréhensible. Les artistes ne veulent pas appeler l'art de l'AI « art » parce que leur art est leur gagne-pain, et nous vivons dans une société capitaliste dont nos moyens de subsistance dépendent.

 

Par exemple, certains artistes considéraient l’essor de la photographie comme une menace pour leurs moyens de subsistance et l’impressionnisme comme une rupture radicale avec les styles traditionnels. Pour eux, la photographie et l'impressionnisme n'étaient pas de l'art. De même, de nombreux peintres à l’acrylique et à l’huile ont snobé l’art numérique à ses débuts.

 

Selon la même logique que l’art généré par AI n’est pas du véritable art parce qu’il est « simplement » généré par un « prompt », alors la photographie n’est-elle pas de l’art parce qu’on a simplement cliqué sur un bouton ?

 

L'essor de la photographie n'a pas arrêté la vente de peintures à l'huile, et la création d'acrylique n'a pas arrêté la vente de peintures à l'huile et de photographies. De même, l’art numérique n’a pas empêché la vente d’art acrylique, de peintures à l’huile ou de photographies. Il en sera de même avec l’art AI : cela ne mènera pas à la fin du numérique, de l’acrylique, de l’huile ou de la photographie. »*

 

L'art généré par AI est de l’art volé

 

« L’AI utilise un ensemble de données pour créer, ce qui s’apparente à un artiste disposant d’une vaste collection d’œuvres d’art et de photographies de référence pour s’inspirer. Les artistes utilisent TOUT LE TEMPS des photos de référence pour créer de l’art et personne ne demande la permission. »* 

 

Je peux vous assurer que toutes mes explorations artistiques depuis l'âge de cinq ans ont été inspirés par l’art de quelqu'un d'autre. Dans ma carrière de tatoueuse, j'ai participé abondamment au plagiat dans mes débuts. Plusieurs le font toujours sans gêne, et je trouve hypocrite que ces mêmes artistes qui copient une photographie ou un personnage de bande dessinée sous droit d’auteur s’insurgent contre l’intelligence artificielle.

 

Lorsqu'une image originale est modifiée à plus de 70%, selon la loi, il ne s'agit plus de plagiat. Donc l’AI qui combine des centaines d'images pour en créer une nouvelle est infiniment plus innovatrice que moi qui n’en utilise que quelques-unes.

 

Utiliser l’AI est paresseux 

 

Moi, j'appelle ça être efficace. Utiliser les outils à sa disposition est intelligent. Je ne doute pas un moment que les grands artistes du passé aurait su tirer avantage de cet outil, de la même façon que ceux qui ont allumé les premiers feux auraient sans hésiter fait usage d'un briquet.

 

Un montage qui auparavant pouvait me prendre de nombreuses heures (non rémunérées) à produire peut maintenant me prendre une fraction du temps grâce aux nouvelles fonctions de Photoshop. Ce qui me permet en retour d'offrir un plus gros volume de « flashs » pour ma clientèle, ou d'attaquer des projets plus gros qui autrefois me demandait trop d'efforts à réaliser pour être rentables. 

 

J'adore tatouer un style aquarelle combiné de réalisme. Ce genre d'œuvre, même de petite taille, demande un temps fou à réaliser à la main, sans parler des demandes de modifications des clients. Il serait impensable de tatouer dans mon style à temps plein avec cette charge de préparation. Je suis mère de famille, j'aime avoir du temps pour m'impliquer dans ma communauté, et aussi pour me reposer. 

 

De la même manière, une personne qui tricote un chandail ne prétend pas avoir inventé le modèle. Elle peut par contre être fière de sa réalisation, du choix de fibre, des couleurs, des altérations portées au modèle, de la qualité et du temps investi dans la réalisation de son travail. Cette personne peut ensuite vendre son produit au prix de son choix, à l'acheteur éclairé. Suivant cette analogie, je suis parfaitement à l'aise de renoncer au titre « d'artiste ». De toute façon, selon certains experts, le travail du tatoueur relèverait plutôt du design et de l’artisanat (craft).

 

Il est d'ailleurs bien indiqué sur mon site web quelles images sont des designs/montages et quelles sont mes propres dessins (aussi réalisés en majorité avec références). Dans cette optique, l’utilisation de l'intelligence artificielle n'est selon moi ni immorale, ni illégale. Et puis c’est une chose d’avoir un coup de pouce pour générer des idées, encore faut-il pouvoir les réaliser.

 

Ceci dit, je tiens à remercier tous les gens qui apprécient mon travail, et qui continuent de me faire confiance année après année.

 

- Ruby

 

* Merci à Meg Slay d'avoir inspiré la rédaction de cet article.

 

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